Le terme génération Y désigne le groupe des personnes
nées dans les années 80 à 2000. L'origine de ce nom est diverse :
- Pour les uns il vient du Y que trace le fil de
leur baladeur sur leur torse,
- Pour d'autres ce nom vient de la génération
précédente, nommée génération X,
- Pour d'autres encore, il vient de la
phonétique anglaise (prononcer waɪ qui signifie
« pourquoi »).
L'usage de la notion de génération est consensuel en
démographie mais pas dans les autres sciences sociales. Le lien entre
appartenance générationnelle et comportements est controversé. Pourtant, de
nombreux professionnels des Ressources Humaines et de nombreux managers se
disent démunis face au constat de déphasage entre les besoins et les attentes
des jeunes de la génération Y et le mode de fonctionnement de l'entreprise.
Le fossé générationnel est tel que la tentation est
grande de s’en tenir au constat des dysfonctionnements tels que :
absentéisme « empirique », zapping comportemental, sentiment
d’appartenance à l’entreprise chancelant, arrêt au premier obstacle, allergie
aux règles et à la hiérarchie, …
Par ailleurs, il faut savoir que d'ici 2015, ces
jeunes devraient représenter 15 % de la population européenne et 40 %
des actifs en France. ; Leur arrivée est donc inéluctable, massive et
durable, il devient donc urgent non seulement de comprendre mais d’agir
concrètement pour mettre l’énergie et la créativité de cette jeunesse aux
multiples qualités au service de la création de valeur.
Il convient, dès lors, de « revisiter » les
process RH et les modes de management au travers du prisme de la génération Y
afin d’obtenir des résultats pérennes et ô combien bénéfiques !
COMPRENDRE LA GENERATION Y
Les jeunes d’aujourd’hui forment-ils une génération ?
Dans la sociologie contemporaine, la notion de
génération est enfermée dans une lecture événementialiste et culturaliste qui
fonde sa théorie de l’émergence des générations sur des événements historiques
à portée symbolique et culturelle, au nombre desquels 1848, 1914 et 1968
seraient les plus importants.
Pour « faire génération », il faut donc qu’à un moment
particulier de la vie de la génération - généralement dans ce moment de
construction identitaire marquant le transition de l’adolescence à la vie
adulte - des événements sociaux, politiques ou culturels particuliers
provoquent des mouvements massifs susceptibles de marquer profondément la
génération.
La France est toujours en attente de cet élément
fondateur générationnel qui fera passer la génération Y d’une génération
potentielle à une génération effective.
Quel est l’élément fédérateur de la génération Y ?
Le développement d’Internet et des technologies
numériques semble répondre à ce pré-requis, mais porter un sweat à capuche, un
casque audio et dévoiler sa vie privée sur Facebook ne suffit pas à créer ce
sentiment d’appartenance générationnel. Il manque un événement politique majeur
à l’image de mai 68. En Europe, les mouvements des indignés semblent remplir ce
rôle.
A quoi reconnaît-on la génération Y ?
Le fossé générationnel s'expliquerait par une
accélération du changement, l'apparition des NTIC et une hiérarchisation
différente dans les transmetteurs de valeurs. Ainsi, L'Église, l'Armée voire la
Famille seraient moins influents que ne le seraient l'Internet, la télévision
voire les réseaux relationnels.
Les jeunes de la génération Y sont souvent perçus
comme infidèles, indépendants, impatients et paresseux, …
Réalité ou plutôt question de représentations ?
Les principales caractéristiques de cette
« Culture Y » sont au nombre de 4 :
- « Individualisation : Ni
« Zappers », ni désengagés, la passion et l’action
priment.
- « Interconnexion » : Réseaux
sociaux bien sûr, mais cette connexion est ancrée dans le monde réel. La notion
de relation évolue et le lieu de travail s’ouvre aux émotions.
- « Immédiateté » : Avoir un
travail ayant du sens, une rémunération équitable et un manager à l’écoute est
un dû.
- « Inventivité » : La copie est
la base de l’invention, l’amélioration n’est plus continue, elle est agile et
l’innovation, « fluide ».
Leurs valeurs : liberté, plaisir,
efficacité, respect des individus et de la société, intégrité, équité,
protection de l’environnement, bien être, harmonie, partage, … pour n’en citer
que quelques unes.
TRAVAILLER AVEC LA GENERATION Y
Notre propos est d’aller plus loin qu’un simple
constat et de réfléchir aux transformations que les entreprises traversent pour
faire un choix entre résister ou s’adapter.
La motivation étant sans doute une de leurs
préoccupations majeures, nous avons choisi d’aborder ce thème de façon
approfondie. Pour cela, nous prendrons appui sur le modèle de Maslow (1954)
et vous apporterons des éléments de compréhension et des pistes de solutions.
La pyramide de Maslow énumère 5 besoins
essentiels que l’Homme au travail cherche à satisfaire. Ces besoins sont
hiérarchisés : la recherche de satisfaction d’un besoin est déclenchée par
la satisfaction du besoin de rang inférieur.
1- Le besoin de sécurité
Ce niveau vise à se protéger contre les menaces
susceptibles de remettre en cause sa stabilité, ce qui est acquis.
La génération Y s’est « construite » sur fond de
crise, dans un contexte économique perturbant et incertain. L’hyper
concurrence, la montée du chômage, les restructurations génèrent du doute et de
la peur. L’employeur ne pouvant plus garantir son rôle protecteur, la
génération Y pense qu’il lui faut s’auto satisfaire. Elle comprend et accepte
l’environnement précaire dans lequel elle vit et apprend l’importance de
développer son autonomie.
D’où le développement d’une attitude
égocentrique dans une recherche de la satisfaction immédiate et d’une
émancipation de l’autorité hiérarchique dont elle attend un comportement
responsable.
L’engagement devient conditionnel : je m’investis
si mes besoins sont satisfaits et le rapport « donnant/donnant ».
Le levier motivationnel ici est
de créer de la confiance en faisant preuve d’authenticité et de courage
(voir un de mes précédents articles).
2- Le besoin de socialisation
Ce niveau vise à se sentir apprécié et accepté par un groupe qui le
représente.
Aujourd’hui, le groupe de référence et le groupe d’appartenance ne sont
plus nécessairement les mêmes : L’allongement des études (associations
d’anciens élèves, …) et l’émergence des réseaux sociaux informatiques ont pour
conséquence une augmentation de l’appartenance à des réseaux sociaux
extra-professionnels, provoquant de fait un moindre effort d’adaptation au
groupe d’appartenance professionnel, surtout s’il ne correspond pas à son
identité, ses valeurs et ne s’intègre pas dans son projet de vie.
L’absence de soutien de son responsable sera perçue
comme une incompétence managériale. Le manager qui n’est pas à l’écoute perdra
sa crédibilité et verra son autorité malmenée.
Le levier motivationnel est de créer de la
confiance en faisant preuve d’empathie et en adoptant un comportement
éthique.
3- le besoin d’estime
Ce niveau vise à se sentir reconnu (considération et
prestige) en tant qu’individu propre au sein du groupe auquel on appartient.
L’estime de soi est constituée de 3 composants :
- l’image de soi (avis et opinions que l’on reçoit de
son entourage)
- la confiance en soi (auto-évaluation de sa capacité
à agir)
- l’amour de soi (conformité entre ce que l’on
aimerait être et ce que l’on estime être).
Jusqu’ici, l’image de soi (l’identité sociale) était
étroitement liée à l’identité professionnelle, à travers l’avoir (rémunération)
et le faire (métier). Le rejet de la culture Y de « l’avoir » et la
quête de « l’être » font que les signes de reconnaissance attendus
sont à présent davantage centrés sur ce qu’ils sont que sur ce qu’ils font
(points forts, potentiel, sources de développement personnel,…).
Ils veulent être appréciés avec objectivité, justice,
équité et « humanité ». Ils acceptent volontiers les critiques à
condition qu’elles soient fondées et suivies de préconisations d’actions
d’amélioration adaptées.
Ils attendent de leur manager qu’il les accompagne
dans le développement de leurs compétences, qu’il les aide à acquérir de
nouvelles capacités et leur propose des schémas d’évolution de carrière
adaptés, personnalisés, ciselés.
Pour ce qui est de l’amour de soi, les générations X
et Y ont appris à se connecter à leurs émotions et compris tout l’intérêt que
cela pouvait avoir pour elles et dans la relation aux autres, contrairement aux
générations précédentes qui ne s’autorisaient pas à exprimer leurs émotions,
contraints d’être toujours le « meilleur », le plus
« fort », « parfait ».
Le levier motivationnel pour prendre en considération les particularités individuelles est de faire
preuve de justesse et d'humanisme.
4 - le besoin de réalisation
Ce niveau vise à sortir d’une condition purement
matérielle pour atteindre l’épanouissement personnel.
Ce qui a changé en termes d’aspiration c’est le
rapport au temps, la valeur travail et l’intérêt au travail :
- La génération Y n’a pas de temps à perdre, elle veut
se réaliser « ici et maintenant » et être heureuse « tout de
suite » !
- Par ailleurs,
le travail n’est plus, ni un devoir, ni une identité, ni un moyen d’accumuler
des richesses. Il est à présent considéré comme un élément contributif de son
épanouissement personnel.
- Enfin, cette
génération aspire à l’équilibre entre vie privée et vie professionnelle. Ce qui
motive aujourd’hui ce sont les conditions de travail, le temps de travail et
l’image de l’entreprise.
Les managers doivent donc concilier la pression
des objectifs et répondre à l’amélioration du bien-être au travail en intégrant
les spécificités de chacun de leurs collaborateurs.
Le levier motivationnel est de créer les conditions du bien-être au
travail avec de l'individualisation et en acceptant que le
travail ne soit plus une finalité.
Pour conclure, motiver et fidéliser vos
jeunes recrues nécessitent que :
- vous donniez du sens à leur fonction en expliquant
le rôle qu’il va tenir et l’impact qu’il aura sur les résultats,
- vous leur donniez, dès le départ, des règles de
conduite en fixant très clairement les limites,
- vous les missionniez sur des projets
collectifs au sein desquels chacun travaille avec ses compétences propres
pour atteindre un objectif,
- vous leur accordiez suffisamment d’autonomie. Sans
céder à toutes leurs exigences, sachez leur faire confiance.
- vous diversifiez les projets à court terme. Ce
n’est pas d’une carrière dont ils rêvent mais de projets « fun »
d’un à deux ans maximum, dans lesquels ils pourront «s’éclater» et
prouver leur créativité.